Tiré du journal de bord de Gleb Sivirine, alias le lieutenant Vallier, Maquisards retrace le parcours de ces jeunes volontaires qui attendaient dans la clandestinité l’arrivée des troupes alliées sur nos côtes. Quatre-vingts ans après les faits, sept jeunes issus de différentes missions locales du Var, du même âge que ceux qui s’étaient engagés en 1944, sont sélectionnés pour porter ce récit sur scène. En parallèle des répétitions, ils sont entraînés dans une enquête historique, sur les traces du maquis Vallier. Au fil des mois, le projet se transforme en une aventure humaine singulière où peu à peu se confondent l’histoire de la création théâtrale et celle du maquis…


Date de sortie : 16 septembre 2026
Distribution : Les Films d’Espigoule (CNC 3432)
Supports : DCP 4K et 2K (son 5.1) ou H264 (son stéréo)
Version française 16/9 couleur
Durée : 90 mn – décembre 2025
ISAN 0000-0007-A609-0000-O-0000-0000-2
Visa d’exploitation N° 163831
Ecrit et réalisé : Christian Philibert
Production : Bruno Jourdan et Christian Philibert
Avec Philippe Chuyen, Morgan Defendente, Thierry Paul
et les jeunes des missions locales : Clément Pons, Sebastian Joa, Lucas Guadouri, Maxime Ragues, Matthieu Begnis, Dylan Petit, Victor Guillen
Texte et mise en scène du ciné-spectacle : Philippe Chuyen (Cie Artscénicum)
D’après Le cahier rouge du maquis de Gleb Sivirine
Avec l’aimable autorisation de Claude Roddier-Sivirine et de Jean Darot
Conseillers historiques : Jean-Marie Guillon, Philippe Natalini
Image et son : Patrick Barra, Christian Philibert
Montage : Franck Littot
Musique originale : Gilbert Kayalik
Mixage : Pascal Hochenedel
Production exécutive : Patrick Barra
Produit par Les Films d’Espigoule & Les Amis d’Espigoule
Avec le soutien de :
Le GIP : Mission Libération / Le Ministère des Armées / La Région Sud /
Le Conseil départemental du Var / La Métropole Toulon Provence Méditerranée /
Les Communautés de communes Provence Verdon – Lacs et Gorges du Verdon /
Les villes de : Toulon – Aups – Ollioules – Le Beausset – Hyères les palmiers – Barjols /
La Fédération André Maginot / L’Association Varoise de l’Appel du 18 juin /
La Fondation CARAC / La Fondation d’entreprise La France Mutualiste

LE CONCEPT « MAQUISARDS »

Ce film est l’aboutissement d’un projet artistique et mémoriel pluridisciplinaire, conçu et développé par le cinéaste Christian Philibert et l’association Les Amis d’Espigoule, représentée par le producteur Bruno Jourdan, afin de transmettre cette histoire aux nouvelles générations. 

Afin de s’éloigner des codes inhérents au genre documentaire (images d’archives, voix off, interviews) et d’associer des jeunes à ce projet, ils ont choisi de la raconter à travers la création d’une pièce de théâtre. Pour produire ce film, il fallait donc commencer par produire un spectacle. Ils ont alors proposé au metteur en scène Philippe Chuyen *, qui s’intéresse depuis longtemps à l’histoire du maquis Vallier, d’écrire et de diriger la partie théâtrale du projet. Christian et Philippe ont constitué un casting de sept jeunes, du même âge que ceux qui prirent le maquis en 1944 (seize à vingt-cinq ans), tous déscolarisés et recrutés à travers différentes missions locales du Var.

Cette création théâtrale s’est rapidement transformée en ciné-spectacle, mélange de théâtre et de cinéma documentaire. Véritable fil rouge du film, cette création s’est déroulée dans la même temporalité que celle du maquis Vallier (six mois, de février à août 1944/2024), révélant, à quatre-vingts ans d’intervalle, de nombreux parallèles entre les deux récits.

Le ciné-spectacle Maquisards a fait l’objet, entre août 2024 et août 2025, de vingt représentations dans le Var, où il a remporté un très vif succès.

Le projet global a obtenu le label du GIP Mission Libération et s’est inscrit dans le cadre du 80ᵉ anniversaire des débarquements, de la Libération et de la Victoire.

* Philippe Chuyen est un auteur et metteur en scène varois (Les Pieds tanqués ; La Révérence : Mai 68, De Gaulle et moi ; Le Prix d’un Goncourt). Fondateur de la compagnie Artscénicum, qui a co-produit le ciné-spectacle Maquisards, il a participé à plusieurs films documentaires de Christian Philibert entre 2000 et 2020 (1851, ils se levèrent pour la République ; Le Complexe du santon ; Le Poète illuminé, Germain Nouveau).

TRANSMETTRE L’HISTOIRE AUTREMENT

(ENTRETIEN AVEC CHRISTIAN PHILIBERT)

En tant que réalisateur de documentaires consacrés à des personnages ou des événements historiques liés à la Région Sud, comment ce nouveau film sur l’histoire du Maquis Vallier s’est-il imposé à vous ?

Avec mon documentaire Provence août 1944 : l’autre débarquement, je m’étais pleinement inscrit dans le cadre du 70ème anniversaire du débarquement de Provence. Le film a été largement diffusé et a contribué à remettre en lumière  cette page d’histoire – je ne dirai pas oubliée, mais clairement sous estimée. Il était donc assez naturel pour moi d’envisager un nouveau projet à l’occasion du 80ème anniversaire. Cette fois, je voulais me placer du point de vue des Forces françaises de l’intérieur, des maquisards FFI. Une thématique quasiment absente du cinéma français, alors qu’il s’agit d’un moment essentiel de notre histoire… Des amis m’ont parlé du Cahier rouge du maquis, le journal de Gleb Sivirine. Dès les premières pages, j’ai su que je tenais mon sujet.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce texte ?

D’abord, son côté immersif. Il a été rédigé au jour le jour, entre février et août 1944. On est vraiment au coeur de l’événement. Ce qui en fait un témoignage unique en son genre. Il y a aussi le fait que ce soit une page d’histoire varoise – celle d’un territoire où j’ai grandi, auquel je suis très attaché. Forcément, ça crée un lien particulier. Et puis cette histoire, comme celles de tous les maquisards, se déroule en pleine nature, dans des lieux isolés, souvent magnifiques… Il y a quelque chose de très cinématographique dans ce contraste entre la beauté des paysages et la violence de ce qui s’y joue.

La production du film était liée à la création préalable d’un spectacle. Pourquoi avoir construit ce dispositif en deux temps pour raconter cette histoire ?

Contrairement à mon film sur le débarquement, nous ne disposions ni d’images d’archives, ni de témoins encore vivants à interroger. Il fallait donc inventer autre chose, être plus créatif. J’ai d’abord eu l’idée de rassembler quelques jeunes passionnés d’histoire et de les entrainer dans une enquête sur les traces de Vallier. L’idée était stimulante… mais il manquait une finalité, un objectif clair. Et puis Philippe Chuyen m’a fait part de son envie – il y pensait depuis longtemps ! – d’adapter au théâtre le journal de Sivirine. Là, tout s’est aligné. Le concept du film s’est immédiatement imposé. J’allais raconter l’histoire du maquis Vallier à travers celle, quatre-vingts ans plus tard, d’un groupe de jeunes engagé dans la création d’un spectacle. Et c’est au sein de cette création que se déroulerait, en parallèle, mon enquête historique. Le ciné spectacle Maquisards, mélange assez singulier de théâtre et de cinéma documentaire, a donc été conçu et produit pour les besoins du film…

Pourquoi avoir choisi de recruter des jeunes auprès des missions locales du Var ? Solliciter des professionnels ou de jeunes acteurs issus des conservatoires n’aurait-il pas été plus simple ?

Oui la question s’est posée. Mais entre la création, l’enquête et la tournée, le projet s’étalait sur toute une année. Or, les jeunes issus des conservatoires ne pouvaient pas se rendre disponibles aussi longtemps. Au total, il y a eu neuf résidences préparatoires – d’environ quatre jours chacune – et une vingtaine de représentations. Du coup, on a choisi de s’adresser aux jeunes des missions locales : des jeunes déscolarisés, souvent en recherche d’emploi, donc beaucoup plus disponibles. Cela donnait au projet une véritable dimension sociale, mais cela augmentait aussi le risque. Philippe, qui a l’habitude de travailler avec des professionnels, était très inquiet. Mais il a accepté de relever le défi. Au final, cela a apporté au spectacle – et donc au film – une fragilité et une authenticité qui ont énormément enrichi le projet. Le spectacle a été une vraie réussite. Je n’imaginais pas qu’il puisse tourner aussi longtemps ni qu’il rencontrerait un tel succès. C’est grâce à l’investissement incroyable des jeunes et au travail remarquable de Philippe Chuyen… Et à sa patience aussi ! (Rires).

Comment cette enquête s’est elle déroulée ? Comment s’est-elle articulée avec le travail de création théâtrale ?

Pendant six mois, les jeunes ont été immergés dans l’univers du maquis Vallier. Ils ont commencé par travailler sur le Cahier rouge et sur la chronologie des faits. Puis on les a entraîné sur le terrain, à travers tout le département : de Mons aux Gorges du Verdon, de Canjuers à la presqu’île de Giens. On est allés sur les lieux où les maquisards ont vécu, où ils se sont battus, les collines qu’ils ont traversées, les villages qu’ils ont libérés. On a rencontré des historiens comme Jean-Marie Guillon (à gauche sur la  photo), des descendants de maquisards, visité des musées, participé à des cérémonies commémoratives. Chaque lecture, chaque rencontre leur a permis de compléter le puzzle des faits, de nourrir à la fois le scénario de la pièce et une réflexion plus intime : comment auraient-ils réagi à leur place ? Quels choix auraient-ils faits dans ces circonstances ? Au fil des semaines, ils ont commencé à ressentir l’état d’esprit de ces jeunes hommes de 1944 : leurs doutes, leurs élans et leurs peurs. Une réelle empathie s’est installée peu à peu. En parallèle, ils ont suivi une formation de comédiens : mémorisation du texte, préparation des rôles, répétitions – encadrés par deux comédiens professionnels, Morgan Defendente et Thierry Paul (à droite sur la photo). 

Le parallèle que le film établit entre ces apprentis soldats de l’époque, dans l’attente interminable du débarquement, et ces apprentis comédiens d’aujourd’hui – qui doivent eux-aussi s’engager et faire preuve de solidarité – faisait-il partie de vos intentions de départ ?

Oui. Totalement. Le projet est né de cette idée de deux histoires parallèles qui finissent par se croiser. Ce que je n’avais pas imaginer, c’est à quel point les croisements seraient fréquents et naturels. Comme les maquisards, nous avons traversé pas mal de difficultés pendant cette aventure artistique. Des obstacles imprévus… qui ont souvent compliqué les choses, mais qui ont donné aussi plus de relief au film. Ces épreuves ont directement nourri le récit. On peut même dire que le film a bénéficié, à plusieurs moments, d’une sorte d’état de grâce.

Il y a de vrais moments de comédie dans le film. Etait-ce prévu ? Comment ont-il  surgi ?

Pendant le tournage, je me suis rendu compte que ce film rassemblait un peu tout ce que j’avais fait auparavant dans le genre documentaire. Maquisards m’a permis de mêler l’authenticité et l’humour des 4 saisons d’Espigoule à l’exigence historique de mes films plus classiques. Pour moi, la comédie, c’est la vie. Elle est toujours là, même dans les situations les plus graves. Et je ne manque jamais l’occasion de la saisir lorsqu’elle surgit.

80 ans après la fin de la guerre et la victoire des forces alliées, le film prétend t-il faire le lien avec le retour des tensions et de la guerre aux portes de l’Europe ? D’une certaine manière, oui. Surtout quand on sait que Gleb Sivirine, le héros de cette histoire, est né à Odessa, en Ukraine – qui appartenait encore à l’Empire russe à l’époque. Cette résonance historique est troublante. Mais le projet s’inscrivait aussi dans un cadre commémoratif. Et même si la guerre n’avait pas ressurgi aux portes de l’Europe, le film aurait eu toute sa légitimité. Il était important de rendre hommage à ces maquisards et de participer au travail de mémoire. Je suis convaincu qu’il faut donner aux jeunes le goût de l’histoire. Il est urgent de rebâtir – je ne dirais pas un nouveau roman national – mais un récit national plus nuancé, moins manichéen sans doute, plus proche de la complexité du réel. Et justement pour cela, plus authentique et plus fédérateur.

Pour parler encore davantage aux nouvelles générations, le journal de Gleb Sivirine n’est-il pas voué à devenir une fiction, voire une série ?

Vous lisez dans mes pensées ! (rires)… Voilà près de quatre ans que je vis avec cette histoire. Et oui, j’envisage très sérieusement d’adapter le Cahier de Gleb Sivirine en fiction. Long-métrage ? Série ? Je ne sais pas encore. Ce sera une autre aventure. Là où le documentaire m’a permis d’accompagner six ou sept jeunes, la fiction pourrait en embarquer plusieurs dizaines. Ce serait un projet complémentaire. Pour moi, le documentaire est un laboratoire : il me permet d’explorer un sujet, de le comprendre en profondeur… et souvent de faire naître un projet de fiction.

Comment envisagez-vous la distribution du documentaire actuel ?

La plus large possible. Même si l’histoire est ancrée dans le Var, elle dépasse largement ce territoire. Maquisards raconte avant tout le parcours de jeunes d’aujourd’hui engagés dans un travail de mémoire. A travers eux, on découvre un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale : celui de ces jeunes résistants qu’on appelait les maquisards – une véritable armée de l’ombre… Si le film peut donner envie à un jeune d’ouvrir un livre d’histoire ou simplement de se rendre dans ces collines et d’aller marcher sur leurs traces, alors il aura rempli sa mission.

LE CAHIER ROUGE DU MAQUIS

Pendant ses six mois de maquis, Gleb Sivirine a tenu un journal. Il a confié à son cahier rouge, comme il l’appelait, ce qu’il ne pouvait dire ni à ses hommes ni dans les lettres  aux siens : son quotidien et celui du groupe de jeunes soldats qu’il avait pour mission de former et d’entraîner. Le cahier rouge du maquis a été édité en 2007 par Jean Darot aux éditions Parole. Le texte est accompagné de nombreuses notes et commentaires de Claude Roddier-Sivirine, la fille du lieutenant Vallier, de l’historien Jean-Marie Guillon, ainsi que de témoignages détaillés d’hommes ayant composé ce maquis. Ce document exceptionnel, unique dans l’histoire des maquis français, a obtenu le prix de la Fondation de la Résistance (prix Philippe Viannay – Défense de la France) en 2008. Le cahier rouge du maquis a été le point de départ du projet Maquisards.

 

L’HISTOIRE DU MAQUIS VALLIER

Le maquis Vallier est un groupe de maquisards formé clandestinement par Gleb Sivirine dans le Haut-Var entre février et août 1944. Sa mission : renforcer les troupes alliées au moment du débarquement de Provence. Pendant six mois, malgré l’attente interminable, le froid, la faim, les doutes, le manque de confort, les marches éreintantes et l’insécurité de tous les instants, le maquis ne cesse de s’étoffer.

Les effectifs doublent entre février et juin, atteignant alors une quarantaine d’hommes, et près d’une centaine après le débarquement en Normandie. Pourchassés par les Allemands, ils doivent sans cesse changer d’emplacement. Recevant des instructions souvent contradictoires, ils entreprennent diverses actions avant de descendre vers la côte pour accomplir enfin leur mission. Le 15 août, ils libèrent le village de Collobrières, accueillent l’avant-garde américaine, puis accompagnent les troupes françaises qui se dirigent vers Toulon.

Le 24 août, par un fin stratagème, Vallier et ses quarante derniers maquisards se rendent maîtres de la presqu’île de Giens à Hyères et capturent, sans verser de sang, 154 soldats allemands. Après la dissolution du maquis, la plupart des hommes de Vallier s’engagent et terminent la guerre dans l’armée régulière.